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AIDE

Kasserine avant la révolution

Ce webdocumentaire présente un retour sur la révolution tunisienne depuis la ville de Kasserine, dans le centre du pays.

Il est découpé en deux parties (Avant et Après la révolution) et treize thématiques.

Chaque thématique s’ouvre sur une photo plein écran, qui est accompagnée d’un texte et d’une vidéo accessible en cliquant sur l’onglet “info+”, situé en haut et à droite de la photo principale. Pour lancer les vidéos, il suffit de cliquer sur la vignette positionnée sous le texte.

Vous pouvez naviguer librement dans chaque thématique en cliquant sur les photos correspondantes en bas de l’écran.

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CREDITS PHOTO

Toutes les photos ont été prise par Thomas Cantaloube en juillet 2011, à l'exception de celle présentant Ben Ali au chevet de Bouazizi, qui a été diffusée par la présidence tunisienne en décembre 2010.

CREDITS VIDEO

Toutes les vidéos ont été tournées par Thomas Cantaloube en juillet 2011, avec la collaboration d'Aymen Fakraoui pour la traduction.

Les vidéos sur les événements des janvier 2011 ont été tournées par des habitants de Kasserine et diffusées sur Internet. Elles ont été récupérées, datées, et leur validité vérifiée par Aymen Fakraoui.

Kasserine avant la révolution

Dans l’histoire officielle de la fuite du dictateur tunisien Zine Abidine Ben Ali, c’est un jeune chômeur, Mohamed Bouazzizi, qui tient le premier rôle. En s’immolant le 17 décembre 2010 dans la ville de Sidi Bouzid, il a déclenché une vague de manifestations et de révolte dans le pays, qui s’est ensuite étendue à l’Egypte, la Libye, le Bahreïn, la Syrie, etc.

Mais, en mettant en avant l’icône Bouazzizi, on oublie à la fois le terreau de ces révolutions et le rôle déterminant joué par d’autres événements, notamment les manifestations et l’esprit de résistance qui a animé de nombreuses autres villes du centre de la Tunisie. En particulier Kasserine, cette ville – et la région qui porte son nom - déshéritée et ignorée depuis des siècles par des pouvoirs centraux qui se méfient de son esprit rebelle.

C’est bien Kasserine plutôt que Sid Bouzid qui est à l’origine de la révolution tunisienne. Retour sur une révolution et ce qu’elle est devenue.

À lire sur Mediapart, un article du 21 janvier 2011 :Kasserine, là où naquit la révolution tunisienne

 

 

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En dehors d’un centre-ville pas vraiment reluisant, mais qui comprend son lot de banques, de commerces et de cafés, le reste de la ville de Kasserine est composée de routes non goudronnées, de maisons en parpaings rarement crépies, de terrains vagues qui servent de décharges publiques. « C’est la misère », répètent les habitants des ces quartiers périphériques qui aimeraient savoir où est passé le « miracle économique tunisien ». Les gens n’y parlent pas de pauvreté, mais de sous-pauvreté. Ils vivent avec quelques dinars par jours, s’habillent au marché aux frippes pour quelques millimes et n’ont bien souvent pas de travail régulier.

Ce sont les jeunes de ces quartiers (Nour, Zouhour, Olympique…) qui sont descendus dans la rue début janvier 2011 et n’ont cessé d’y retourner, jour après jour, malgré la violence de la répression policière. Ils ne manifestaient pas tant pour le droit de vote ou la liberté d’expression que pour protester contre leur condition économique et leur absence d’avenir.

 

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Désertique, montagneuse, frontalière de l’Algérie et de ses trafics, la région de Kasserine ne fait pas partie de la Tunisie côtière où se rendent les touristes et d’où viennent les élites politiques. De surcroit, c’est de cette terre aride que sont partis la plupart des mouvements de révoltes qu’a connu les pays au travers des siècles : contres les Beys, contre Bourguiba, contre Ben Ali.

Par mesure de rétorsion, le gouvernement de Tunis a choisi d’ignorer cette région et sa population rebelle. La seule usine de la région date de l’époque coloniale française. Les investissements publics sont faibles. Les routes des villes sont à peine goudronnées. L’essence et les produits de consommation proviennent de la contrebande algérienne sur laquelle les autorités ferment les yeux – ou prélèvent leur dîme. C’est une soupape, mais c’est aussi un manque à gagner pour l’économie de la région.

À lire sur Mediapart un article du 2 mai 2008 : Le «miracle économique» tunisien a fait long feu

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L’immolation de Mohammed Bouazizi à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010 envoie une onde de choc dans le centre de la Tunisie. Pendant deux jours, des manifestants envahissent les rues. Puis, d’autres villes commencent à bouger. Le 24 décembre, la police tire sur la foule à Kasserine. Début janvier, les jeunes de Thala, une ville située à une soixantaine de kilomètres de Kasserine s’affrontent avec les forces de sécurité. À partir du 8 janvier 2011, le cycle manifestation-répression ne cesse plus. La police tire sur les manifestants avec des armes de gros calibres et poste des tireurs embusqués (snipers) sur les toits.

On dénombre aujourd’hui officiellement 15 personnes tuées à Kasserine et six à Thala, mais beaucoup de gens pensent que ces chiffres restent incomplets, de nombreuses familles ayant enterré leurs morts très vite et sans en référer à personne.

Grâce aux téléphones portables et à Internet, de nombreuses séquences ont été tournées durant ces violentes journées de janvier, puis diffusées sur les réseaux sociaux. C’est grâce à elles que le reste de la Tunisie – et du monde – a pris conscience de ce qui se jouait dans cette région reculée.

À lire sur Mediapart, un article du 9 janvier 2011 : Tunisie: le pouvoir fait tirer sur les manifestants

 

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En terre d’Islam, les martyrs sont ceux qui sont morts pour une juste cause, qui ont donné leur vie en sacrifice. Aujourd’hui Kasserine compte de nombreux martyrs. Officiellement quinze, mais bien plus dans la tête des habitants. La quasi totalité sont morts sous les balles de forces de police, qui ont fait « un usage excessif de la force », selon l’ONG Human Rights Watch, qui a mené une enquête sur place (consultable ici).

Les familles des martyrs sont connues et respectées. En perdant un des leurs, elles ont contribué à la révolution, à « chasser le dictateur, l’assassin », comme elles disent. Mais elles ont aussi perdu un fils, un frère, un père qui, bien souvent, contribuait à faire vivre les siens. Elles ne s’en trouvent que plus démunies aujourd’hui. Récemment, ces familles ont appris qu’elle allait recevoir de l’argent du gouvernement : 3000 dinars, soit 1500 euros. Une pitance.

 

 

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Située dans les montagnes, à soixante kilomètres de Kasserine, juste en repli du col le plus élevé de Tunisie, la ville de Thala est encore plus « déshéritée ». Le chômage et la pauvreté y sont une constante. Ses habitants sont parmi les premiers à s’être révoltés en décembre 2010 puis en janvier 2011. Dans cette petite bourgade qui ne comprend qu’une rue principale et où tout le monde se connaît, la violence a été terrible. Six personnes sont mortes en une seule nuit, celle du 6 janvier.

Durant au moins une semaine, tant que la police continuait à tenir la ville, les gens ne pouvaient pas sortir de chez eux ni se ravitailler. C’est quand les forces de sécurité se sont enfuies d’un seul coup, comme à Kasserine, deux jours avant la fuite de Ben Ali, que les habitants se sont sentis libérés. Mais aujourd’hui, encore plus qu’à Kasserine, ils se sentent abandonnés par le pouvoir et oubliés par l’histoire officielle de la révolution.

 

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Sans internet, pas de révolution tunisienne. C’est une évidence aujourd’hui. La toile a permis de diffuser les informations qu’aucun média tunisien ne voulait (ou ne pouvait) couvrir. Si les Kasserinois n’avaient pas filmé ce qui se passait dans les rues de leur cité, le reste de la Tunisie ne l’aurait pas appris, ou alors avec retard. Les habitants eux-mêmes, sachant que leurs manifestations, et la violence policière qui s’abattait sur eux, seraient diffusées, ont utilisé ces vidéos pour trouver la force et le courage de continuer à descendre dans les rues jour après jour.

Si quelques stars de la révolution par internet ont émergé, en Tunisie et en Egypte, la plupart des administrateurs de comptes facebook et des blogueurs sont restés anonymes. Et ils préfèrent le rester aujourd’hui, car les nouveaux gouvernants continuent de se méfier de ces réseaux virtuels qui peuvent les déstabiliser.

 

À lire sur Mediapart, un article du 24 mai 2009 : Nouveaux médias : quand le monde arabe fait sa révolution

 

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